
Cinéma les 5 Caumartins (75009, Paris)
Les marches du pouvoir
de George Clooney
avec Evan Rachel Woods, Marisa Tomei, Ryan Gosling, George Clooney, Philip Seymour Hoffman, Paul Giamatti
✭✭✯✩

En plus de vendre des dosettes de café, George « sexe symbole mondial » Clooney réalise aussi des films. Plutôt bons au demeurant. Après Confession d’un homme dangereux (2002), Good night and good luck (2005) et Jeux de dupes (2008), Les marches du pouvoir est son quatrième film, adapté d’une pièce de théâtre écrite par Beau Willimon qui a vécu plusieurs campagnes électorales comme chargé de communication, également co-scénariste du film avec Clooney, et Grant Heslov (qui co-produit le film avec George).
Le film nous raconte ainsi une primaire démocrate dans l’Ohio, opposant Mike Morris (George Clooney), gouverneur de la Pennsylvanie à Ted Pullman (Michael Mantell), sénateur de l’Arkansas. État clé, car une fois l’Ohio remportée — et bien qu’il faudra continuer à convaincre — l’investiture démocrate à la Maison Blanche sera en bonne voie pour le vainqueur. Tout ceci est la toile de fond. Le personnage central des Marches du pouvoir est Stephen Meyers (Ryan Gosling), jeune assistant de Paul Zara (Philip Seymour Hoffman), conseillé stratégique et médiatique de la campagne de Mike Morris.
Les Marches du pouvoir n’est pas à proprement parler un film politique. Une promesse tout au plus. Il y a un programme et des idées mais toute l’action est dévolue à convaincre l’opinion, les 99% ne sont pas réellement représentés si ce n’est par des discours, et des promesses donc. Nous savons les politiques capables de ne pas toujours tenir les promesses de campagne — doux euphémisme. L’équipe argumente pour ses idées, défend un package idéologique ne s’adressant qu’aux électeurs à convaincre, et encore moins aux spectateurs. D’autre part, il n’y a pas vraiment de combat idéologique dans cette primaire, démocrate contre démocrate, combat au sein du parti, avec des ajustements certes, mais sans véritable contrepoint.
Dans les débuts d’une campagne électorale très longue visant la Maison Blanche, c’est tout naturellement la loyauté qui est mise à rude épreuve pour le candide Stepen Meyers Swinming with Sharks. Ajoutez une partie « thriller » mettant en scène Evan Rachel Woods, censée montrer l’aspect populaire et quotidien de cette réalisation, on s’éloigne encore des politiciens et on se recentre à la rigueur sur le Politique, quoique. Le dénouement, sincère et crédible, laisse pourtant entrevoir la faiblesse du scénario : une certaine facilité narrative, un thriller carburant au twist, et rien de nouveau du côté de la critique de la manipulation des opinions. Reste un très bon casting, Gosling séduit tout le monde, comme sorti de son rôle dans Crazy, Stupid, Love, en plus sérieux, dans son day job. Philip Seymoure Hoffman et Paul Giamatti, les deux consultants seniors sont impeccables comme toujours, George Clooney est juste, sobre et direct dans son jeu. On aurait pu craindre de celui-ci plus d’emphase dans l’interprétation d’un animal politique mais on finit soulagé en retrouvant la classe de l’acteur.
L’exercice de l’État
de Pierre Schoeller
avec Zabou Breitman, Olivier Gourmet, Michel Blanc
✭✭✭✩

Avec L’exercice de l’État Pierre Schoeller retranscrit le quotidien d’un ministre et de toute son équipe. Pour ce faire, il essaye de nous plonger par une forme d’abstraction, dans le ressenti et la palette d’émotions éprouvées par ses hommes d’État. Le film s’ouvre sur un rêve, puis un accident : un bus scolaire est sorti de route, c’est une situation à la fois de crise et d’aubaine sondagière. Car la vie étatique est régie par ces deux mamelles : les accidents — au sens large — et les sondages.
On suit le couple formé par le ministre des Transports — au cinéma qui est l’art du mouvement, bien joué — Bertrand Saint Jean et son directeur de cabinet, Gilles. Ils fonctionnent en binôme, avec un beau couple d’acteurs, le gargantuesque Olivier Gourmet en ministre et le très bon Michel Blanc en dircab, homme de bureau et de dossier, toujours ensembles et connectés. Bien entendu ils sont entourés de consultants et autres rédacteurs de discours, ainsi que de l’attachée de presse Pauline (Zabou Breitman), en permanence aux côtés du ministre.
Le rêve en ouverture du film nous place dans le sensitif et une forme d’inconscient — le Ça sûrement. Une femme nue traverse les pièces du ministère avant de ramper dans la gueule d’un immense crocodile. Saint Jean se réveille bandant et est appelé à se rendre sur les lieux d’un accident de bus. Le film, comme le fonctionnement de l’État, est carnassier. Sur le pont à l’aube, notre ministre est aussi sujet à la nausée après un conflit avec des grévistes, à l’ivresse profonde à l’occasion, aux cercles d’influences par nécessité et à la valse des convictions et des postes bien malgré lui. Dans ces conditions, ainsi malmené, Bertrand Saint Jean est victime de déréalisation du monde. Il n’y a pas de parti ni de modèle, juste une immédiateté de réaction face à l’actualité et les sondages.
Comme Pater avec son Mc Guffin idéologique — une loi limitant le salaire des patrons à x fois le salaire de base — L’exercice de l’État avance avec en point de mire la privatisation des gares. Cette privatisation n’est pas le centre du film mais permet de mettre en avant l’évolution des positionnements vis-à-vis de cette idée, dans les hautes sphères dirigeantes. Là où Pater était un véritable film politique, de part son sous-texte lié à son Mc Guffin mais aussi par son économie et le dispositif qui en découlait, la production franco-belge (assurée en partie par les frères Dardennes) du film de Pierre Schoeller lui donne une dimension allégorique très moderne centrée sur l’Homme. Bombardé d’informations, de mémos, de brusques changements de caps, de dépêches A.F.P. et de S.M.S. affichés en surimpression sur l’écran, l’homme politique est action, dans les médias, un téléphone à chaque oreille, sur le terrain ou de visu avec ses collègues ou concurrents de façon plus que viril. Il y a du Jack Bauer dans ce Saint Jean. L’économie réelle n’est pas oubliée et quelques brèves séquences nous rappellent qui tient vraiment les cordons de la bourse, Le Parrain financiarisé, montrant que L’exercice de l’État rempli bien le contrat, n’omettant rien, avec justesse et mise en scène, sur ce qui est considéré comme le Pouvoir mais est concrètement une zone tampon broyant les êtres et les convictions.




Dr. Mabuse le joueur (Doktor Mabuse, der Spieler, Fritz Lang, 1922)

A l’occasion du cycle Fritz Lang qui débute à la Cinémathèque Française, ce week end nous révisions nos classiques avec la série des Dr. Mabuse. Mention spéciale pour Jacques Cambra et sa superbe interprétation au piano demie-queue des 5 heures de la partition du Dr. Mabuse le joueur.